BIEN JOUER

Objets pour la réflexion…

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tof com Léa

Bien jouer, du 20 septembre au 29 novembre 2015.

Léa Bénétou

Vit et travaille entre Paris, Pantin (93) et Langrolay Sur Rance (22).

Diplômée de l’École des Beaux Arts de Quimper, Léa Bénétou revisite nos espaces urbains et nous invite à porter un regard distancié sur notre monde architecturé. Variant les médiums, elle construit et déconstruit édifices, cabanes, demeures, en révèle structures et détails. Prétexte à une recherche formelle, l’architecture apparaît ou disparaît à travers des compositions géométriques, non dénuées de malice, de légèreté. Léa Bénétou a notamment participé à Art Paris avec la Galerie des petits carreaux (2015) et est membre active de La Maison&édition, association rennaise de création et de diffusion d’éditions d’artistes.

http://base.ddab.org/lea-benetou

La Maison&édition

La Galerie des petits carreaux

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Toit, passage, toboggan, fenêtre, présentoir… ces mots sèment la concrétude d’une cité. Les images associées sont une surprise ; formes relativement reconnaissables et formes géométriques se côtoient. L’ensemble, titres et images, crée un milieu inattendu : ici et ailleurs. Ce sont comme des balises, indiquant une piste à suivre. La virée promet d’être amusante. À la manière des imagiers pour enfants – dont les pages sont tournées afin d’apprendre à connaître les objets qui les entourent et à leur associer des mots – les dessins, peintures et installations de Léa Bénétou sont un rappel à notre mémoire de notre environnement architectural. Il faut jouer. Et bien jouer.

Mais sitôt appris, sitôt oublié ! La courbe d’Ebbinghaus*, pic abrupt, nous montre en effet comment notre mémoire évolue dans le temps : l’apprentissage peut être rapide mais décliner tout aussi vite. Faire infléchir la pente raide de la courbe d’Ebbinghaus consisterait à agir sur notre mémoire grâce à la répétition espacée d’une information : se rappeler avant d’oublier. La courbe dessinerait alors au sommet des ondulations régulières, signes qu’une rétention à long terme est en cours. Ainsi, nous faut-il sans doute tourner à nouveau les pages de l’imagier proposé par Léa Bénétou, passer et repasser devant ses balises afin d’en mémoriser les caractères, anciens et nouveaux. L’artiste reprend soit des formes connues de l’histoire de l’architecture contemporaine soit des formes génériques propres à l’espace urbain. La segmentation, les transparences, les aplats de couleurs, le tracé schématique, la décontextualisation restreignent cependant la répétition du même pour accueillir le fantasmagorique. Lorsque les édifices tendent à s’effacer pour laisser place à des structures abstraites – celles-là même qui ont été insufflées dans notre monde fabriqué – l’architecture semble redonner ce qui lui avait été attribué, révélant une complexe relation génétique entre l’homme, son milieu et la géométrie.

Toit, passage, toboggan, fenêtre, présentoir… petite piqûre de rappel pour nous remémorer les objets qui nous entourent, les regarder autrement, débuter un nouveau récit architectural. Il faut jouer. Et bien jouer. En danois, bien jouer se traduit leg godt, dont la contraction donne le mot Lego.

*En 1885, le psychologue Hermann Ebbinghaus publie dans son ouvrage La Mémoire : Recherches de psychologie expérimentale les résultats de ses travaux sur l’apprentissage. Au cours d’expériences pratiquées sur lui-même, il remarque que la répétition améliore la mémoire. Ses résultats ont permis d’établir la courbe d’Ebbinghaus, autrement appelée courbe d’oubli.